[Pékin explorateurs] Faïences françaises à la Cité interdite
Le mot faïence désigne une céramique ou un objet en métal déjà formé qui est émaillé, c’est-à- dire peint avec une pâte de verre colorée appelée émail, recuit ensuite pour obtenir un effet vernissé. Les collections de la Cité interdite contiennent d’étonnantes faïences de style chinois produites en France au XVIIIe siècle dans le cadre d’une commande de l’empereur Qianlong de la dynastie Qing (1644-1912).
Théière en or émaillé. Artefact gu116597 de la Cité interdite. © Rémi Anicotte (7 avril 2024).
Il y a notamment deux théières en or émaillé, l’une avec des dessins de chrysanthèmes roses, blancs et bleus sur un fond jaune, l’autre avec des motifs floraux bleus sur un fond blanc, et qui sont respectivement indexées gu116545 et gu116597. Il y a aussi une coupe à pétales en or émaillé en bleu pour sa surface intérieure et avec des pivoines sur fond jaune à l’extérieur. Ces objets furent montrés lors d’une exposition croisée Cité interdite- Versailles en 2024 dans la salle Wenhuadian de la Cité interdite, et quelques publications éclairèrent leur origine.
Les observations matérielles sont corroborées par des sources textuelles de la fin du XVIIIe siècle. Les archives impériales chinoises stipulent la décision de l’empereur Qianlong de commander la fabrication des faïences d'outre-mer (xi yang 西洋 ou wai yang 外洋) à partir de modèles sortis des collections du Palais. Les textes insistaient sur la préférence pour la faïence étrangère (yang fa lang 洋珐琅) par rapport à la faïence de Canton (guang fa lang 广珐琅) dont la qualité était explicitement jugée inférieure. Des lettres privées du côté français témoignent quant à elles d’une coordination informelle entre les autorités consulaires à Canton, les missionnaires français à la cour de Pékin et la marine marchande française.
Artefact gu116545. © Rémi Anicotte (7 avril 2024).
Finalement, on comprend que ces quelques faïences françaises de la Cité interdite furent produites en France et offertes à l’empereur Qianlong dans le cadre de la politique d’influence initiée à la fin du XVIIe siècle par le roi Louis XIV du temps de l’empereur Kangxi, le grand-père paternel de Qianlong. Mais la diplomatie de Qianlong n’était pas aussi souple que celle de Kangxi, désormais, les cadeaux n’étaient plus réciproques, et la France n’était pas mentionnée dans les écrits de Qianlong qui ne considérait qu’un outre-mer générique. Il est d’ailleurs possible que d’autres commandes de Qianlong aient été honorées ailleurs qu’en France.
Rémi Anicotte est sinologue, membre associé du CRLAO (EHESS/CNRS/INALCO). Il est directeur de China Intuition, société implantée à Pékin.
Photo du haut : Coupe à pétale en or émaillé (artefact gu116773).© Rémi Anicotte (7 avril 2024)
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