[Pékin explorateurs] La forteresse ronde à Pékin
La forteresse Ronde (tuan cheng 团城) se situe quelques dizaines de mètres à l’extérieur de l’entrée sud du parc Beihai (bei hai gong yuan 北海公园). Il s’agit d’une esplanade au sommet d’une butte de 5 m de haut, entourée d’un coffrage en briques. Ce lieu fut ouvert au public en 1938 après avoir appartenu aux jardins impériaux pendant des siècles.
On raconte que l’écrivain français Pierre Loti (1850-1923) aurait installé son bureau dans un bâtiment de la forteresse Ronde pendant l’occupation de Pékin par les troupes de l’Alliance des huit nations, en 1900-1901. Au-delà de l’anecdote, le site conserve plusieurs éléments anciens d'intérêt. Les plus anciens sont deux arbres plantés sur cette butte dans la deuxième moitié du 12e siècle, à l’époque où la dynastie Jin (1115-1234) avait établi sa capitale à Pékin et alors que la dynastie Song (960- 1279) ne contrôlait plus que le sud de la Chine. Le premier est un pin Napoléon (pinus bungeana) dont l’écorce est presque blanche et qui se ramifie en trois branches presque à la base. Le deuxième vieil arbre est un pin huileux (pinus tabuliformis) du même âge que le premier. L’empereur Qianlong conféra même à ce dernier le titre de marquis de l’Ombrage (zhe yin hou 遮荫侯), traduit en anglais par Marquis of Shade...
En 1745, l’empereur Qianlong disposa une vasque à vin en jade et son socle en pierre sous un kiosque couvert de tuiles bleues. Aujourd’hui, malgré les reflets sur la vitre de protection, on peut encore admirer la frise d’animaux et chimères sculptés en relief. Cette vasque fut sculptée en 1265 pour Kubilaï Khan, le fondateur de la dynastie Yuan, qui l’avait placée sur l’île du lac Beihai. Elle fut enlevée en 1579, sous la dynastie Ming, à l’occasion d’une réfection des constructions de l’île. Puis elle se trouva entreposée dans un temple où elle servit de bac à saumure. L’objet échappa aux pillages lors de l’occupation de Pékin par les troupes de l’Alliance des huit nations en 1900.
Du 19e siècle, nous vient le Bouddha en jade blanc de la salle de la Réception de la lumière (Cheng guang dian 承光殿). Il est assis dans la position du lotus : pieds posés symétriquement sur la jambe opposée, plantes des pieds orientées vers le ciel. Sa main droite levée forme comme un récipient devant lui pour représenter le vide auquel la conscience accède grâce à la méditation. La statue mesurant 1,5 m de haut fut acquise en Birmanie en 1898 par le moine Mingkuan et présentée à l’impératrice douairière Cixi qui l’installa en ce lieu.
Rémi Anicotte est sinologue, membre associé du CRLAO (EHESS/CNRS/INALCO). Il est directeur de China Intuition, société implantée à Pékin.
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