[China Vintage] De la cuisine familiale à la pop culture : cette porcelaine chinoise que tout le monde reconnaît
Mais elle incarne aussi un modèle de réinvention, capable de traverser les modes. Cinq générations plus tard, Wing On Wo s’est imposée comme une référence entrepreneuriale de Manhattan — devenue lieu culturel, autant qu’archive vivante de la diaspora. À tel point que cette histoire singulière fait aujourd’hui l’objet d’une exposition : « Lignée et héritage : portraits en porcelaine des 100 ans de Wing on Wo », présentée en ce moment à Kalm Village, centre d’art branché de Chiang Mai (Thaïlande). Une exposition qui célèbre le parcours et l’héritage d’une icône de la diaspora chinoise.
À l’origine, Wing On Wo était une épicerie généraliste, répondant aux besoins d’une communauté immigrée en pleine constitution. En 1925, la boutique déménage et s’installe à son adresse actuelle, sur Mott Street. Diversifiant son offre avec l’emploi d’un herboriste et l’achat d’un four, elle propose alors remèdes traditionnels et porc rôti à la mode cantonaise. Le vrai tournant s’opère en 1964, lorsque Nancy Seid (troisième génération) abandonne l’alimentaire pour dédier exclusivement l’enseigne au commerce de porcelaine.
Omniprésente dans les cuisines de la diaspora chinoise (au restaurant comme à la maison), cette vaisselle artisanale incarne bien plus qu’un objet utilitaire. Elle est l’héritage d’un savoir-faire ancestral autant qu’une icône culturelle. Elle porte en elle des motifs et des symboles, des gestes et des récits familiaux transmis de génération en génération. Pendant plus de cinquante ans, la famille de Mei Lum — actuelle propriétaire et descendante de la cinquième génération — se rend à Hongkong pour s’approvisionner, perpétuant une esthétique devenue familière à des milliers de foyers sino-américains.
Depuis 2016, Mei Lum et son équipe entreprennent un patient travail de traçage des filiations matérielles de ces objets, jusqu’à Jingdezhen, capitale historique de la porcelaine chinoise. Dans les entrepôts et les marchés de cette ville du Jiangxi, ils retrouvent des pièces issues des mêmes ateliers, parfois conservées par d’anciens ouvriers après la fermeture des usines dans les années 1990. Chaque objet devient alors un fragment d’histoire, fruit d’un artisanat minutieux menacé de disparaître.
De Jingdezhen à New York, de l’objet domestique à l'artefact patrimonial, l’aventure Wing On Wo interroge la capacité d’un magasin à devenir un lieu de mémoire et celle de l’artisanat à contenir des récits d’exil, de transmission et de résistance.
Dans un Chinatown new-yorkais fragilisé par la gentrification, Wing On Wo ne se contente pas de survivre. Avec le W.O.W. Project, initiative communautaire portée par Mei Lum, la boutique agit comme un espace intergénérationnel de création locale, d’action sociale et de projection vers l’avenir. Ici, la porcelaine n’est pas un imaginaire figé : elle raconte les histoires et mutations culturelles à l'œuvre dans l’une des plus grandes villes du monde diasporique chinois.
Margot Baldassi
est créatrice de contenus, spécialisée dans l'analyse de tendances et l'exploration
des imaginaires pop.
Photos : site internet Wing On Wo
Commentaires