Zhao Lihong : écouter la Chine, entre murmures et mémoire

1753864908000 Chine-info Sonia Bressler
À l’heure où tout s’accélère, Zhao Lihong nous propose de ralentir. Son livre, Les murmures du vent et des souvenirs, est une invitation au voyage – mais un voyage intérieur, sensible, entre brume et lumière, entre passé et présence.

Chaque texte nous fait entrer dans un monde de perception fine, où le bruissement des roseaux ou le souvenir d’un père disparu portent en eux une sagesse discrète. Publié pour la première fois en français par La Route de la Soie – Éditions, cet ouvrage est bien plus qu’un recueil de prose poétique : c’est une traversée de l’âme chinoise, une respiration offerte au lecteur francophone.

La Chine des sens : paysages et sensations

Zhao Lihong nous mène sur les rives du Yangtsé, dans les ruelles de Shanghai, sur les terres humides du Jiangnan. Mais ses paysages ne sont jamais décoratifs : ils sont traversés par l’émotion. Un ciel d’hiver, une fenêtre entrouverte, une brume du matin deviennent des portes d’accès à la profondeur du monde. Cette Chine sensorielle, intime, effleure notre propre mémoire. Le lecteur ne visite pas la Chine ; il s’y laisse habiter.

Chaque phrase devient un tremplin vers l’universel. On y retrouve le souffle des grands maîtres asiatiques – Li Bai, Su Dongpo – mais aussi l’écho de Rousseau, de Claudel, ou de Saint-John Perse. Loin du pittoresque, Zhao tisse un tissu sensible où chaque sensation devient méditation. C’est une Chine à ressentir plutôt qu’à comprendre.

Mémoire intime, mémoire du monde

Dans un texte bouleversant, Zhao évoque le geste d’adieu de son père, avant sa disparition. Ce simple mouvement de la main devient symbole, métaphore, témoin. Toute l’écriture de Zhao Lihong est ainsi : elle ne dit pas « je me souviens », elle fait revivre. Mais cette mémoire intime touche aussi à l’histoire collective.

Si la guerre sino-japonaise n’est pas citée directement, elle affleure dans les silences, les douleurs muettes, les générations marquées. L’écrivain compose une résistance douce, où la fidélité aux absents devient une forme de justice. Lire ces pages, c’est réentendre la Chine des souffrances oubliées, celle qui a résisté au fascisme, debout, digne, discrète. À travers l’hommage à un père, c’est tout un peuple qui se dresse – sans haine, sans cri, mais avec une infinie gravité.


Un style comme art de paix

Zhao Lihong écrit comme on respire. Son style est pur, limpide, mais jamais vide. Il refuse l’effet, le spectaculaire, la posture. Chaque mot est choisi pour sa justesse, son souffle, sa capacité à créer du lien. Comme dans la calligraphie, il y a autant d’importance dans ce qui est dit que dans ce qui est laissé en blanc.

Cette économie d’effet n’est pas une faiblesse, mais une force éthique. La paix que propose Zhao n’est pas une idée : elle se pratique. Elle se lit dans le rythme des phrases, dans la retenue du ton, dans l’attention portée à l’autre. Ce style devient une manière d’habiter le monde autrement – sans dominer, sans brusquer, mais en accueillant. C’est un style de veilleur, de passeur, de sculpteur de silence.

La Chine réconciliée

Face aux représentations souvent figées d’une Chine spectaculaire ou menaçante, Zhao Lihong offre un contrepoint lumineux. Sa Chine est celle des villages, des jardins, des gestes simples. Une Chine enracinée, cultivée, respirante. Ce livre réconcilie avec une image profondément humaine et spirituelle d’un pays trop souvent réduit à ses performances ou à ses oppositions.

Et dans cette réconciliation, il y a aussi un message d’avenir : nous avons besoin d’une Chine qui murmure, autant que d’une Chine qui innove. Il ne s’agit pas d’idéaliser, mais de redécouvrir la diversité des voix chinoises. Zhao Lihong nous parle d’une Chine oubliée par les radars géopolitiques – celle des émotions, des racines, des transmissions invisibles.

Lire comme un acte de paix

Les murmures du vent et des souvenirs n’est pas seulement une œuvre littéraire, c’est un acte. Un acte de beauté. Un acte de paix. Dans une époque tendue, fragmentée, parfois dure, ce livre fait l’effet d’un souffle lent. Il rappelle que l’écriture peut encore relier, réparer, respirer. Et qu’à travers la littérature, un pont se tend entre les peuples.

Zhao Lihong, dans sa discrétion et sa profondeur, devient un passeur entre la Chine et la France, entre l’intime et l’universel, entre la mémoire et l’avenir. Lire ce livre, c’est partir sans quitter son fauteuil, c’est voyager sans carte, c’est entendre un pays non pas dans ses slogans, mais dans sa vérité sensible. Et cette vérité-là, qui passe par le murmure, est peut-être la plus puissante des paroles.

Les murmures du vent et des souvenirs 

Zhao Lihong

La Route de la Soie – Éditions (juin 2025)

Format : 15,5 x 22 cm

698 pages

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